CROIX PETITE TEMOIGNAGES

 

 

 

 

ELOYROY

 Les femmes qui suivaient Jésus 

 dessin de Eloy Roy 

 

 

DES SOEURS RACONTENT LEUR VOCATION

 

Je vais avoir 84 ans et, dans quelques mois, je me réjouirai d’être entrée voici 60 ans dans la vie cistercienne.

A me rappeler mon itinéraire, je le vois conduit par le Seigneur d’une manière tellement étonnante et finalement déterminée. Mais je sais qu’Il appelle à Lui chaque chrétien selon une vocation particulière, correspondant à son être, et déterminant l’aspect le plus personnel de son histoire.

Je suis née dans une famille profondément chrétienne. Enfance empreinte du désir de Dieu, plusieurs années d’adolescence secrètement taraudées d’inquiétude spirituelle. Puis les grandes envolées sur la beauté du mariage chrétien.

Mais non, l’appel du Christ dépasse tout cela. Je serai à lui dans une vie religieuse consacrant la virginité et demandant le renoncement à tout.

Démarche sincère mais imprégnée de l’inconsciente sentimentalité de mes 18 ans. C’est normal : l’éveil de la vocation saisit l’âme humaine là où elle en est, et, si elle y répond, la fera évoluer.

Mais, concrètement ? Le service des vocations n’existe pas encore. La vie religieuse m’apparait principalement sous l’aspect des sœurs dominicaines qui tiennent l’Institution où j’achève les études secondaires. C’est tout indiqué : j’ai de l’attrait pour l’enseignement, et une attirance forte pour la théologie, avec quelque fréquentation de Thomas d’Aquin ! Je serai donc dominicaine enseignante (aucun attrait pour le grand Ordre).Et je prends contact avec la Sœur directrice de l’Institution et la Prieure générale de la congrégation.

Mes parents ? Maman est comblée. Papa se défend avec un argument facile : « Quand tu seras majeure, on en reparlera ». Je vais mettre à profit cette attente en entreprenant la nécessaire licence classique.

Et c’est alors que le Seigneur intervient d’une façon inattendue. Durant une excursion en vacances, une amie et moi échangeons le secret de notre vocation. Elle postule dans ce qui s’appelait alors une Trappe, et moi, je serai dominicaine enseignante. Et elle, très simplement : « Je vous aurais vue dans la vie contemplative ».Cette seule phrase, d’une personne me connaissant et me voyant vivre, a bouleversé mon horizon.

Rationnelle comme je suis, et poursuivant un projet aussi ferme, il ne peut s’agir d’un changement fantaisiste : l’Esprit Saint qui souffle où Il veut, a dévoilé sa véritable intention à mon sujet au travers d’une parole sans mandat, qui autrement m’aurait fait sourire. Et c’est ainsi que je suis entrée dans la vie cistercienne, alors que mon amie en a été empêchée par certaines circonstances !

Rude apprentissage, obscure recherche du Seigneur, à l’école de l’Ecriture sainte, de saint Benoît et de saint Bernard. Après bien des années, je vois certains fruits de paix et de maturité spirituelle qui ont commencé à germer dans mon cœur.

Mais l’attente de Sa venue doit être fidèle et inconditionnelle, en réponse à son amour gratuit. Nuit et jour, la psalmodie nous le fait dire : « Ecoute, Seigneur, je t’appelle. Pitié, réponds-moi. C’est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face … L’œil usé d’attendre tes promesses, j’ai dit : quand vas-tu me consoler ? » (Ps 26 et 118).

Nos Pères de l’âge d’or cistercien encouragent cette longue quête. Voici la réponse que Gilbert de Hoyland fait dire à l’Epoux, le Christ : « Actuellement, tu es l’épouse, mais ce que tu seras n’apparaît pas encore. Au profond de moi, tu es déjà celle que tu seras … », celle que Je ferai.

Soeur Cécile

 

Si aucun des Instituts ne peut prétendre à la pérennité,

la vie consacrée n'en continuera pas moins

à nourrir parmi les fidèles

la réponse de l'amour envers Dieu et envers les frères.

Pour cela, il est nécessaire de distinguer

entre le destin historique d'un Institut déterminé

ou d'une forme de vie consacrée

et la mission ecclésiale de la vie consacrée comme telle.

Le premier peut se transformer

à cause des changements dus aux circonstances,

la seconde est appelée à durer.

Cela est vrai pour la vie consacrée de forme contemplative

comme pour celle qui est vouée aux œuvres d'apostolat.

Dans son ensemble, sous l'action toujours nouvelle de l'Esprit,

elle doit toujours donner son témoignage éclairant

de l'unité indissoluble

entre l'amour de Dieu et l'amour du prochain,

comme mémoire vivante de la fécondité,

même humaine et sociale, de l'amour de Dieu.

Les nouvelles situations de pénurie

doivent donc être abordées avec la sérénité

de ceux qui savent qu'il est demandé à chacun

plus l'engagement de la fidélité que la réussite.

(Vita consecrata n°63)