CROIX PETITE PARTAGER LA PAROLE

 

 

 

CAREME2015SUITE

 

 

Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait. Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements?» Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. » Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui- ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue :  « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort.» Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : «Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger. (Mc 5, 21-43)

« Ne crains pas, crois seulement. » C’est la recommandation faite par Jésus à Jaïre, dont la petite fille vient de mourir. « Ne crains pas ! » A quoi donc pense Jésus ? Car il n’y a rien de plus terrible que ce qui vient d’arriver à ce père. « Ne crains pas ! » De fait, ce pauvre Jaïre n’a plus rien à craindre, puisqu’il n’a plus rien à perdre. Sa petite fille est morte. Il a tout perdu.

Mais Jésus insiste : « Crois seulement ! » Dans une telle situation, que peut bien signifier « croire » ? Car une telle situation n’est plus qu’un abîme de douleur, ou un puits sans fond, ou une nuit sans aube. Que faire contre le mur de la désespérance ? Mais Jésus répète : « Crois seulement ! ».

Mais comment croire ce qui est impossible ? Comment croire ce que l’on n’a jamais vu ? Que sa fille, même à toute extrémité, puisse guérir, il y avait cru, puisqu’il avait eu l’audace de s’adresser à Jésus. Mais maintenant tout est fini. Et pourtant Jaïre ne lâche pas Jésus. Pour ce chef de synagogue, croire, pour l’instant, ce n’est que cela : au cœur de son désarroi, ne pas lâcher Jésus.  En dépit du raisonnable, puisqu’on se moquera lorsque Jésus prétendra que la petite fille dort.

« Crois seulement ! » C’est parce que Jaïre ne lâche pas Jésus que Jésus, à son tour, ne lâche pas Jaïre.  C’est bien la confiance de celui qui demande qui provoque le miracle.

Tout comme la foi de la femme, qui avait des pertes de sang. Elle n’ose ni approcher ouvertement de Jésus ni entrer en dialogue avec lui, un peu comme si elle voulait tirer avantage du pouvoir qu’elle pressent en lui, sans avoir à se compromettre elle-même. Il y a pourtant en elle une confiance assurée : « Si j’arrive à toucher au moins ses vêtements, je serai sauvée ». Or, Jésus oblige celle qui s’est approchée de lui en secret à sortir de l’anonymat. Tout comme si la guérison ne pouvait advenir qu’au terme d’une reconnaissance réciproque, que Jésus scelle d’une parole : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

« Ne crains pas. Crois seulement ! » Au fond, ce n’est rien de très grand qui est demandé là ; ce n’est rien d’héroïque. C’est si peu de chose, la foi, la foi au cœur de l’épreuve ou de la tentation ou du désespoir. La foi, ce n’est qu’une ouverture maintenue vers Jésus ; ce n’est que l’une ou l’autre de ses paroles maintenue dans notre cœur ; ce n’est que notre regard rivé sur lui, pour ne pas le lâcher alors même que tout a déjà lâché autour de nous. Ce presque rien, c’est notre foi. Et nous n’avons même pas à nous en glorifier, car la foi ne serait jamais née dans notre cœur si elle n’y avait pas été semée par la parole de Jésus : « Ne crains rien. Crois seulement ! »

Père Jean-François Baudoz

 
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