CROIX PETITE GALLAND DE REIGNY

 

 

 

 

 "Ceux qui mettent en pratique 

 ce qu'ils lisent" 

 

 auteurs cisterciens 2

 

Invité tout récemment à un repas,

un fois à table, je ne cessai plus de m'étonner

d'une telle variété de goûts chez les convives.

En effet, ce que ceux-ci voulaient,

ceux-là le repoussaient.

Les uns recherchaient les mets salés,

les autres demandaient des aliments non salés.

Les plats chauds plaisaient aux uns,

les plats froids régalaient les autres.

Les uns désiraient qu'on leur donne à boire du vin,

les autres qu'on leur serve de l'eau.

Les gloutons se retiraient gavés,

ceux que tout dégoûtaient effleuraient à peine quelques miettes sur le dessus des plats.

*

Les convives spirituels sont les liseurs d'ouvrages.

Parce que leurs propos sont variés,

les uns se délectent dans les divines Ecritures,

les autres dans les écrits des philosophes.

A ceux-ci plaisent davantage les leçons de la morale,

à ceux-là les démonstrations de la logique,

voire à certains les enseignements de la physique.

Mais la seule et même Ecriture sainte

pour les uns est salée, chaude, et comme un vin à boire,

parce qu'elle leur apporte et le goût de la véritable sagesse

et l'ardeur des désirs célestes.

Mais pour les autres elle se montre insipide, froide, et comme de l'eau,

parce qu'elle ne leur accorde pas le moindre développement de sagesse spirituelle,

ni la moindre ferveur d'amour divin.

A vrai dire, une telle nourriture ne rassasie

que ceux qui mettent en pratique ce qu'ils lisent.

Pareil breuvage vraiment n'enivre que ceux qui, l'esprit transformé,

s'écartent des pensées terrestres pour chercher à atteindre les biens du ciel.

Mais qui n'agit pas ainsi s'en va, vide et dépourvu.

Ce repas, je l'ai dit avoir eu lieu récemment, non dans le passé,

parce que c'est à l'église, non à la synagogue,

qu'il appartient de connaître les Ecritures.

Galland de Reigny - Petit livre de proverbes, 75  

 

GALLAND DE REIGNY

(12ème siècle)

 

Appartenant à un groupe d'ermites

fixés à Fontemoy

dans le diocèse d'Autun,

Galland fut un fervent partisan

du rattachement de la communauté

à l'ordre de Cîteaux,

lequel eut lieu en 1128.

En 1134, le monastère fut transféré

à Reigny, dans le diocèse d'Auxerre.

Grand admirateur

de Bernard de Clairvaux,

Galland lui a dédié ses oeuvres :

le Parabolaire, ensemble de 52 récits,

généralement assez longs,

et le Petit livre de proverbes,

ouvrage composé

de courtes sentences glosées.

Les nombreuses allégories

confèrent à ces écrits une variété

à la fois plaisante et édifiante.