CROIX PETITE BEATRICE DE NAZARETH

 

 

 

 

 "Tel un poisson qui nage" 

 

 auteurs cisterciens 2

 

Ainsi en est-il de l'âme qui est amour :

l'amour déploie en elle sa souveraineté et sa puissance,

qu'elle agisse ou se repose,

qu'elle entreprenne quelque chose ou s'abstienne,

à l'extérieur comme à l'intérieur d'elle-même, au gré de sa volonté.

Tel un poisson qui nage dans un large fleuve ou se repose dans ses profondeurs,

tel un oiseau qui vole hardiment vers les hauteurs du ciel,

son esprit va et vient librement dans les hauteurs, dans les profondeurs

et dans l'abondance des délices de l'amour.

La puissance de l'amour a saisi cette âme :

il la conduit, la garde et la protège,

lui conférant prudence et sagesse, douceur et force de la charité.

Cette puissance pourtant, l'amour l'a tenue cachée jusqu'au moment où,

par une ascension nouvelle, l'âme est devenue maîtresse d'elle-même,

en sorte que l'amour domine en elle sans partage.

Il la rend alors si hardie

qu'elle ne craint ni homme ni démon, ni ange ni saint, ni Dieu même,

en ce qu'elle fait ou ne fait point, dans son mouvement ou son repos.

Elle perçoit bien d'ailleurs que l'amour est en elle aussi éveillé et actif

quand son corps est en repos que lorsque les labeurs se multiplient.

Elle sait et sent que ni le travail ni la souffrance n'importent à l'amour

une fois qu'il règne dans l'âme.

Mais qui désire parvenir ainsi jusqu'à lui

doit le chercher avec crainte et le suivre avec foi,

s'y exercer avec ardeur et ne s'épargner ni effort ni peine,

en supportant patiemment la gêne et le mépris.

De telles âmes doivent tenir pour grandes les plus petites choses,

jusqu'à ce que l'amour victorieux agisse en elles souverainement

et rende petites les grandes choses,

faciles tout labeur, douce toute peine, nulle toute dette.

Tout ceci est liberté de la conscience, douceur du coeur,

sagesse des sens, noblesse de l'âme,

élèvation de l'esprit et commencement de la vie éternelle.

C'est, déjà dans cette chair, une vie angélique, dont l'autre vie sera la suite.

Daigne Dieu l'accorder à tous !

Béatrice de Nazareth - Les sept degrés de l'amour de Dieu, VI  

 

BEATRICE DE NAZARETH

(vers 1200 - 1268)

 

Née à Tirlemont,

elle fut placée toute jeune,

d'abord chez les béguines,

puis chez les cisterciennes.

Sa vie monastique

se déroula successivement

dans les trois monastères

que son père avait fondés,

le dernier étant N.-D. de Nazareth,

près de Lierre,

dont elle devint prieure.

Ses expériences spirituelles

et ses écrits nous sont connus

par les résumés

qu'en a fait son biographe.

Un seul petit traité

a été jusqu'à présent retrouvé :

"Les sept degrés de l'amour de Dieu".

Elle y décrit l'ascension de l'âme

dans l'amour vers l'union à Dieu.