CROIX PETITE GUILLAUME DE SAINT THIERRY

 

 

 

 

 "Les vrais vivants" 

 

 auteurs cisterciens 2

 

Seigneur, mon coeur est impatient de toi,

je cherche ton visage, je recherche ta face ;

au nom de ce que tu es, ne la détourne pas de moi à jamais.

Je le sais, en effet, j'en suis certain,

ceux qui marchent à la lumière de ton visage ne trébuchent pas,

ils marchent en toute sécurité,

eux dont le jugement émane tout entier de la lumière de ton visage.

Voilà les vrais vivants,

parce ce qu'ils vivent selon ce qu'ils lisent et comprennent

sur l'exemplaire de ton visage.

Seigneur, je n'ose pas te regarder en face

de crainte d'une plus grande stupeur.

Je me tiens donc devant toi comme un pauvre, mendiant et aveugle ;

ainsi tu me vois et je ne te vois pas,

moi qui ai le coeur tout gonflé du désir de toi,

et je m'offre à toi tout entier,

avec tout ce que je suis, tout ce que je peux, tout ce que je sais,

et même ce fait de languir après toi et de défaillir,

je te le donne.

Mais où te trouver, je ne le trouve pas !

Où es-tu, Seigneur, où es- tu ?

Et surtout, Seigneur, où n'es-tu pas ?

Je le sais assurément, j'en suis certain absolument,

tu es avec moi, ici, à cet instant,

toi en qui nous avons le mouvement et l'être,

et dont la très salutaire présence fait brûler et défaillir mon âme en ton salut.

Je le sais en toute certitude, en toute vérité,

j'en fais l'expérience pour mon plus grand bien :

tu es avec moi.

Je sais et je sens, j'adore et je rends grâce,

mais pourquoi, alors que tu es avec moi,

ne suis-je pas, moi, avec toi ?

Qu'est-ce qui fait obstacle, qui empêche, qui s'oppose ?

Si tu es avec moi, me faisant du bien,

pourquoi, moi, ne suis-je pas avec toi,

jouissant de toi, le bien de tous mes biens ?

Guillaume de Saint-Thierry - Oraison méditée II, 3-4  

 

GUILLAUME DE ST THIERRY

(vers 1070/80 - 1148)

 

Né à Liège,

il vint en France pour étudier.

Entré chez les bénédictins

de Saint Nicaise à Reims,

il devint, en 1121,

abbé de Saint-Thierry,

monastère proche de cette ville.

Il se lia d'amitié

avec Bernard de Clairvaux

et, malgré les réticences de ce dernier,

réussit à entrer à Signy,

dans les Ardennes,

une fondation d'Igny,

monastère lui-même fondé

par Clairvaux.

Ses oeuvres,

telles les Oraisons méditées

ou la Lettre aux frères du Mont-Dieu,

révélent un vrai moine.

La richesse de sa doctrine

apparaît dans son Miroir de la foi

ou encore

dans la Contemplation de Dieu.