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AUTEURS CISTERCIENS |
JEAN DE FORD (vers 1145 - vers 1214)
Né dans le Devonshire (Angleterre), il entra à l'abbaye cistercienne de Ford, fondée une dizaine d'années plus tôt. Il fut le secrétaire de Baudouin qu'il accompagna plusieurs fois au chapitre général de Cîteaux, et par la suite devint son prieur. En 1186, il fut désigné comme abbé de Bindon, monastère fondé par Ford en 1172. Il sera élu abbé de Ford en 1192. Au cours des dix dernières années de sa vie, il travailla à l'achèvement du commentaire sur le Cantique commencé par Bernard de Clairvaux et poursuivi par Gilbert de Hoyland. Rédigés dans un style très personnel, ces 120 sermons sont d'une grande richesse spirituelle.
Ecoute, Eglise de Dieu, écoute, prête l'oreille, car c'est à toi que l'on parle, et toi seule es dotée d'une oreille pour entendre. Ecoute, dis-je, quelle Majesté t'a aimée, et depuis combien longtemps elle t'a aimée, et avec quelle gratuité elle t'a aimée, et à quel point elle t'a aimée. A tout cet amour, il te faut répondre de toute ta force ; fais attention à la façon dont tu réponds.
Il est grand, par delà toute extrême, Celui qui t'aime, et tu ne peux, indigne assurément de cet amour, payer de retour une telle considération. Mais acquitte-toi du peu que tu possèdes : oui, vraiment, de tout ce que tu peux et de tout ce que tu es ; et cela lui suffit. En effet, il ne réclame pas ton amour en vue de tirer profit de toi, puique, comparé à son amour, le tien est comme la goutte d'un seau. Et quand bien même il pourrait être un fleuve, tous les fleuves se jettent dans la mer, et la mer ne débordera pas.
Du reste, il est tout à fait à ton avantage, ayant reversé dans sa plénitude tout ce que tu as d'amour, de revendiquer pour toi, en retour de la part limitée qui est la tienne, toute la plénitude, et d'être établie sur tous les biens de ton Seigneur ... Dieu t'a donc aimée depuis l'éternité ; toi, dorénavant, aime-le et pour toujours. Pour lui, aimer n'a pas eu de commencement : que pour toi aimer ne trouve pas de fin.
Jean de Ford - Sermon 13,6 sur le Cantique

Nous ne pouvons ignorer les entrailles de miséricorde de notre Dieu, pas plus que nous ne devons oublier qu’en elles le Christ, Soleil levant, d’en haut nous a visités et ne cesse de le faire. Qu’elles sont donc nombreuses, et vastes, et incompréhensibles ! Comment imaginer, dans l’ordre de la nature déjà, quelque chose de plus riche d’affection que les entrailles d’un père ou d’une mère? Mais Dieu, lui, s’avère vraiment riche de telles entrailles en nous étreignant de cette double affection : à titre de père, il nous reforme à son image et à sa ressemblance, et à titre de mère, il nous porte dans ses entrailles et nous met au monde dans la douleur ...
Le Seigneur mon Dieu, en recevant en lui-même l’un et l’autre de ces deux sentiments, m’a engendré à la sainteté et à l’immortalité. Ecoute ce qu’est une mère brûlant d’amour pour ses enfants : « Une mère peut-elle oublier son petit enfant et manquer ainsi de compassion pour le fils de son sein ? Or, même si elle l’avait oublié, moi, ton Dieu, du moins je ne t’oublierai pas ».
Sermon sur le Cantique 28 n°2

