![]() |
AUTEURS CISTERCIENS |
GUILLAUME DE ST THIERRY (vers 1070/80 - 1148)
Né à Liège, il vint en France pour étudier. Entré chez les bénédictins de Saint Nicaise à Reims, il devint, en 1121, abbé de Saint-Thierry, monastère proche de cette ville. Il se lia d'amitié avec Bernard de Clairvaux et, malgré les réticences de ce dernier, réussit à entrer à Signy, dans les Ardennes, une fondation d'Igny, monastère lui-même fondé par Clairvaux. Ses oeuvres, telles les Oraisons méditées ou la Lettre aux frères du Mont-Dieu, révélent un vrai moine. La richesse de sa doctrine apparaît dans son Miroir de la foi ou encore dans la Contemplation de Dieu.
Seigneur, mon coeur est impatient de toi, je cherche ton visage, je recherche ta face ; au nom de ce que tu es, ne la détourne pas de moi à jamais. Je le sais, en effet, j'en suis certain, ceux qui marchent à la lumière de ton visage ne trébuchent pas, ils marchent en toute sécurité, eux dont le jugement émane tout entier de la lumière de ton visage. Voilà les vrais vivants, parce ce qu'ils vivent selon ce qu'ils lisent et comprennent sur l'exemplaire de ton visage.
Seigneur, je n'ose pas te regarder en face de crainte d'une plus grande stupeur. Je me tiens donc devant toi comme un pauvre, mendiant et aveugle ; ainsi tu me vois et je ne te vois pas, moi qui ai le coeur tout gonflé du désir de toi, et je m'offre à toi tout entier, avec tout ce que je suis, tout ce que je peux, tout ce que je sais, et même ce fait de languir après toi et de défaillir, je te le donne.
Mais où te trouver, je ne le trouve pas ! Où es-tu, Seigneur, où es- tu ? Et surtout, Seigneur, où n'es-tu pas ? Je le sais assurément, j'en suis certain absolument, tu es avec moi, ici, à cet instant, toi en qui nous avons le mouvement et l'être, et dont la très salutaire présence fait brûler et défaillir mon âme en ton salut. Je le sais en toute certitude, en toute vérité, j'en fais l'expérience pour mon plus grand bien : tu es avec moi. Je sais et je sens, j'adore et je rends grâce, mais pourquoi, alors que tu es avec moi, ne suis-je pas, moi, avec toi ? Qu'est-ce qui fait obstacle, qui empêche, qui s'oppose ? Si tu es avec moi, me faisant du bien, pourquoi, moi, ne suis-je pas avec toi, jouissant de toi, le bien de tous mes biens ?
Guillaume de Saint-Thierry - Oraison méditée II, 3-4

Seigneur, tu fais miséricorde à celui que tu prends en pitié … Pitié, Seigneur, pitié, toi qui nous modèles ! et nous sommes ta glaise ! Nous adhérons encore à toi ; ta main puissante nous porte encore ; encore nous restons suspendus à tes trois doigts par la foi, l’espérance et la charité, ces doigts qui tiennent, pesée au crochet, la masse terrestre, je veux dire la solidité de ton Eglise. Pitié, tiens-nous bien, que nous ne tombions pas de ta main ! Brûle nos reins et nos cœurs au feu de ton Saint Esprit, et affermis ce que tu as déjà réalisé en nous, de peur que nous ne lâchions, que nous ne soyons ramenés à notre boue, ou même au néant !
C’est par toi, pour aller à toi que nous avons été créés ; vers toi l’orientation de notre vie ! Nous te reconnaissons pour notre créateur, notre modeleur. Cette sagesse par laquelle tu disposes les choses, cette miséricorde et cette bonté par lesquelles tu les tiens et tu les gardes, nous les adorons, nous les invoquons ! Achève de nous former toi qui nous as faits ; achève jusqu’à nous faire prendre cette forme de ton image et de ta ressemblance pour laquelle tu nous as formés !
Méditation 1 (n°1 … 3)

