
" Avec l’apostolat de la prière nous sommes en union avec le monde entier ..." (lire)
" Toutes mes sœurs sont pour moi vraiment mes sœurs ..." (lire)
" Puisqu’il donnait sens à ma vie, ma vie était pour lui ..." (lire)
" Mais comment sait-on qu'on a une vocation religieuse ? ... " (lire)
" Ce lieu m’attirait par sa beauté et surtout parce que j’y « sentais » Dieu présent ..." (lire)
" Je vois certains fruits de paix et de maturité spirituelle qui ont commencé à germer dans mon cœur ... (lire)
" Tout cela m’a permis de dire enfin oui au Seigneur ..." (lire)
" Une des premières fois où j’ai vu le prêtre célébrer l’Eucharistie, j’ai eu le désir de ‘donner ma vie à Jésus'..." (lire)
" La vie communautaire m'aide à ne pas baisser les bras. On ne peut être chrétien tout seul ..." (lire)
" Je ne désirais pas être religieuse, au contraire, je voulais me marier ..." (lire)
" Je creuse dans les profondeurs, car je sais bien que c’est sur cette longueur d’onde que je pourrai tenir ..." (lire)
" Quelqu’un m’ouvre le cœur à jamais. Quatre vingt un ans plus tard cette expérience demeure aussi vive et pure ..." (lire)
" Je rends grâce au Seigneur de m’avoir gardée fidèle à travers les moments d’épreuve ..." (lire)
" A un moment, trois mots ont résonné en moi : « Pourquoi pas toi ? » (lire)
" Ce ne fut pas un feu de paille puisqu’il y aura bientôt 60 ans que je frappais à la porte ..." (lire)
" Jamais je n’ai été déçue ..." (lire)

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Témoignage de Soeur Bruno à l'occasion de son jubilé de platine
(70 ans de profession monastique) le mardi 28 octobre 2014 |
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Ce qui m’habite en ce jour, c’est une très grande reconnaissance envers Dieu et envers ma communauté pour leur fidélité durant ces 70 ans d’alliance réciproque, fidélité qui a gardé et soutenu la mienne. A la messe de mon jubilé d’or, j’avais demandé l’introït grégorien : « Scio cui credidi et certus sum », « je sais en qui j’ai cru et je suis sûre qu’il gardera le dépôt que je lui confie ». Jamais je n’ai été déçue. J’ai une grande reconnaissance aussi pour la formation que j’ai reçue au noviciat et qui répondait à ce que je désirais. Mère Paula, ma Mère maîtresse, nous parlait de vie intérieure donnée à Dieu, n’ayant rien de plus cher que le Christ dans une grande solitude intérieure. « Si on ne vous dit rien, disait-elle, si vous ne savez rien, c’est que vous n’avez pas besoin de le savoir ». Cela coupait court à toute question de curiosité ou d’indiscrétion. « Un regard de curiosité, ne serait-ce que de quelques secondes, cela suffit, le cliché est pris dans la mémoire », disait-elle aussi. Ces 72 années ont eu des hauts et des bas, des chutes et des re-départs, des pardons à demander à ma communauté et des pardons à accorder, car parfois il y a des attitudes ou des paroles qui font mal. Certains phares plus marquants ont guidé et affermi mes pas … L’évangile, avec celui de saint Luc, l’évangile de la miséricorde. La règle de saint Benoît avec le chapitre 72. La célébration de l’office divin et de la liturgie. Mon amitié avec Elie le prophète, avec la phrase que sœur Humbeline avait prise comme psaume responsorial pour son jubilé d’or : « Il est vivant le Dieu devant qui je me tiens ». La dernière phrase du livre d’Ezéchiel : « Le nom de la ville sera désormais ‘Dieu est là’ », ce qui rejoint mon prénom de baptême, Elisabeth, qui veut dire ‘Maison de Dieu’. Le chapitre 15 (v.22-28) de la première épître aux Corinthiens : « Le dernier ennemi que le Christ mettra sous ses pieds, c’est la mort, puis il remettra sa royauté à son Père et Dieu sera tout en tous », avec le beau répons que nous avions pour la Toussaint, dont le refrain était : « Fils de Dieu, superbe est ta victoire, hâte les temps nouveaux ». Enfin le dessein de Dieu sera réalisé ! L’enseignement de Dom Godefroy Belorgey, avec son sens de Dieu et son attrait pour la prière et la vie intérieure. Il nous disait : « Tout le mouvement des affaires humaines n’est rien auprès d’une âme qui cherche Dieu au fond de son cœur ». La fréquentation de Maurice Zundel avec son intuition de la pauvreté de Dieu et de la dépossession de soi, qui rejoint la spiritualité de saint François d’Assise, patron des louveteaux dont j’ai été cheftaine. Et enfin, il y a 4 ou 5 ans, c’était à Belval. Père Arthur qui s’occupe des migrants dans le Nord-Pas de Calais, avait passé quelques jours à l’hôtellerie. Au moment de partir je lui ai dit : « Père, dites moi une parole ». Il m’a répondu : « Demeurez avec Marie debout au pied de la croix : là il se passe de grandes choses ». Je serais ingrate si je ne faisais pas mention de mon ange gardien qui m’accompagne depuis 92 ans avec patience, vigilance et miséricorde, et que je prie souvent. Bref, durant ces 72 ans, désertiques en très grande partie, Dieu a décapé et buriné mon tempérament très sensible, trop sensible, sentimental ont osé dire certaines personnes. Peu à peu il m’a dépossédée de moi-même, m’a décentrée, dirait Père Philippe, et il m’a fait la grâce d’une grande compassion et miséricorde pour chacun et pour tous. Je n’y suis pour rien, c’est son œuvre, dirait le psalmiste. « Que demandez-vous », m’a-t’il été demandé à ma profession ? « La miséricorde de Dieu et celle de l’Ordre », ai-je répondu. Dieu m’a exaucée. Maintenant je vais vers l’ultime rencontre, je prie pour la relève, souhaitant que d’autres rejoignent notre communauté et y découvrent la vie avec Dieu et pour Dieu dans la solitude. Je terminerai par une phrase de ma grand-mère maternelle, écrite en 1916 à maman : « Arrivée à l’automne de la vie, la voie que j’ai devant moi est toute de détachement. Les feuilles tombent et il faut se laisser dépouiller joyeusement. Voilà tout ».
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Homélie pour le jubilé de diamant de Soeur Marie-Gabrielle
(60 ans de profession monastique) le samedi 10 septembre 2016 |
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Lecture de la messe : 1 Jn 4,7-10 ; Jn 3,16-18a
Chère sœur Marie-Gabrielle, Dans la première lettre aux Corinthiens, saint Paul affirme par deux fois, à propos de l’Eucharistie et à propos de la résurrection, qu’il transmet ce qu’il a lui-même reçu. De ce point de vue, toute moniale jubilaire est un saint Paul. Je veux dire par là que toute jubilaire transmet ce qu’elle a elle-même reçu. Les lectures bibliques que vous avez choisies pour célébrer votre jubilé sont en quelque sorte le diamant qui vous a été livré à l’état brut au moment de votre jeunesse monastique et que vous nous transmettez aujourd’hui, ciselé cette fois par soixante années de profession. Je trouve quand même extraordinaire qu’au bout de soixante années d’expérience, vous n’ayez qu’une chose à nous dire. Je ne vous en fais pas le reproche ! Bien au contraire, je vous dis mon émerveillement. Le seul mot que vous nous transmettez, c’est l’amour. J’ai compté. Le mot et le verbe reviennent neuf fois dans les deux lectures, dont huit fois dans la première. Et si le mot lui-même n’apparaît qu’une fois dans l’évangile, il faut rappeler que le texte est très court et qu’il ne parle que d’amour. Ou plus exactement l’amour va avec d’autres mots qui expriment une dynamique : « connaître », « donner », « envoyer », « manifester », « sauver » et finalement « vivre » : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle ». Voilà mon émerveillement. Au bout de soixante ans de vie monastique, vous auriez pu, à travers d’autres textes bibliques, nous transmettre une sorte de manuel de la moniale parfaite. Vous préférez peut-être nous dire quel a été votre combat, car il est celui de tous les disciples du Christ. Votre combat a été celui de l’amour. Et contrairement à ce que laissent croire les romans à l’eau de rose, l’amour est une construction qui ne va pas sans lutte. Mais, dans cette histoire, nous ne sommes pas perdants, précisément parce que le combat est inégal. Je veux dire par là que c’est Dieu qui nous a aimés le premier. Nous ne sommes pas à égalité avec lui. Mais ce n’est pas un handicap. C’est au contraire notre richesse. Nous avons tout à recevoir de lui et il est même allé jusqu’à se manifester parmi nous : « Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui ». La même parole est reprise à la fin du texte mais cette fois négativement en quelque sorte : « Dieu a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. » Le mot péché est le dernier de la première lecture, tout comme si nous ne pouvions prendre conscience du péché que dans la mesure où nous sommes entrés dans la dynamique de l’amour. Voilà encore ce message que nous recevons : le péché n’est pas le manquement à une loi mais il est un déficit d’amour. Une entreprise financièrement déficitaire va à sa ruine matérielle. Une communauté chrétienne en déficit d’amour perd son identité, tant il est vrai que l’amour est la seule réalité qui fait vivre authentiquement l’Église du Christ. Sœur Marie-Gabrielle, puis-je me laisser aller à une petite indiscrétion ? Les circonstances m’y autorisent ! Quand vous m’avez fait connaître les textes que vous aviez choisis pour cette Eucharistie, à un certain moment vous m’avez fait passer un petit examen. C’est à propos de la dernière phrase de l’évangile. Vous teniez à ce qu’il se termine bien par cette parole : « Celui qui croit en lui échappe au Jugement. » Et vous m’avez dit : « Il y a un passage d’évangile qui illustre parfaitement cette parole. » Et vous avez ajouté sous forme interrogative : « C’est lequel ? ». Comme vous ne vouliez quand même pas que je perde la face, vous avez précisé aussitôt : « C’est dans l’évangile de Luc. » En regardant vos visages, je vois que vous êtes toutes en train de chercher… et de trouver ! C’est bien sûr l’histoire du bon larron. Jésus ne lui demande rien, pas même le nombre et la nature de ses péchés. Le bon larron n’était pourtant pas un enfant de chœur ! Mais à celui qui lui demande de se souvenir de lui dans son Royaume, Jésus adresse la seule parole de miséricorde que nous aimerons tous entendre à la fin de notre vie terrestre : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ! ». Il n’y a en effet pas de jugement pour celui qui s’ouvre à cette miséricorde dont nous n’avons pas le droit de désespérer (RB 4,74) : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » Avec sœur Marie-Gabrielle, rendons grâces à Dieu pour ces soixante années de fidélité, dont l’amour est le premier et le dernier mot ! Père Jean-François Baudoz
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