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GUERRIC D'IGNY (vers1070 / 1080 - 1157)
Chanoine, puis écolâtre de Tournai, Guerric devait avoir passé 40 ans quand il entra à Clairvaux vers 1120. En 1138, il était envoyé à Igny, maison fille de Clairvaux, comme abbé. Les 54 sermons qu'il nous a laissés sont très riches de doctrine. On remarquera particulièrement ce qu'il dit de la formation du Christ dans l'âme et du rôle de Marie dans cette naissance et croissance spirituelle de son fils.
N'êtes vous pas, si je ne me trompe, les habitants des jardins, vous qui méditez jour et nuit la loi du Seigneur ? Vous parcourez autant de jardins que vous lisez de livres ; vous récoltez autant de fruits que vous recueillez de sentences. Bienheureux vous pour qui tous les fruits, les anciens et les nouveaux, ont été gardés : autrement dit, vous pour qui les paroles des prophètes,des évangélistes et des apôtres ont été mises en réserve, en sorte que cette parole de l'épouse à l'Epoux semble s'adresser à chacun de vous : "J'ai gardé pour toi tous mes fruits, les nouveaux et les anciens."
"Scrutez donc les Ecritures." Vous ne vous trompez pas, en effet, en pensant avoir la vie en elles, vous qui n'y cherchez rien d'autre que le Christ auquel "les Ecritures rendent témoignage". "Bienheureux, assurément, ceux qui scrutent ses témoignages et le cherchent de tout coeur." "Tes témoignages sont admirables, Seigneur, c'est pourquoi mon âme les a scrutés." Certes, il est nécessaire de les scruter, non seulement pour en extraire le sens mystique, mais aussi pour en tirer les applications morales.
Aussi, vous qui parcourez les jardins des Ecritures, gardez-vous de les traverser d'un vol rapide et inactif ; mais scrutez chaque chose, comme des abeilles diligentes recueillent le miel des fleurs, recueillez l'esprit dans les mots. "Car mon esprit, dit Jésus, est plus doux que le miel, et mon héritage est meilleur que le rayon de miel." En expérimentant la saveur de cette manne cachée, vous redirez cette parole de David : "Que tes paroles sont douces à mon palais, plus douces à ma bouche que le miel et le rayon de miel."
Guerric d'Igny - Sermon sur la Psalmodie § 2

Enfin, la terre est emplie de la miséricorde du Seigneur, le Seigneur a couronné l’année de ses bienfaits et ses champs regorgent de toute grâce spirituelle ; qui peut nier, à moins d’être un ingrat, que ce ne soit la plénitude du temps ? … Elle est en effet multiple à l’infini, ô Dieu, ta miséricorde; toi qui es le pain des anges, tu ne te contentes pas d’enrichir et de rendre heureuses les tables des hommes, mais tu vas jusqu’à devenir un foin qui remplisse les crèches des animaux.
O Seigneur, Sagesse miséricordieuse, tu te proclames débiteur des sages et des insensés ; toi qui as créé les uns et les autres, tu fournis aux uns et aux autres l’aliment nécessaire : aussi bien les hommes que les bêtes, les spirituels que les charnels, tu les sauves chacun selon leur condition et leur rang.
Que le Seigneur soit donc loué pour ses miséricordes et pour ses merveilles envers les fils des hommes, car il a envoyé son Verbe fait chair comme remède et comme nourriture pour tous, si bien que ceux mêmes qui sont incapables de parole sont guéris et rassasiés de la chair de la Parole.
4ème sermon pour la Nativité 1, 40-43 … 48-60
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ISAAC DE L'ETOILE (début 12ème siècle - vers 1178)
D'origine anglaise, il fit ses études en France, entra à Pontigny, puis devint abbé de l'Etoile au diocèse de Poitiers en 1147. Vingt ans plus tard il se retira dans l'île de Ré, au monastère de ND des Châteliers. La cinquantaine de sermons qui nous sont parvenus, témoignent de la profondeur de sa spiritualité. Il trouvait son unité intérieure dans le dynamisme d'un continuel dépassement.
Après s'être assis, il ouvrit la bouche. Puisse-t'il m'arriver de m'asseoir avec Jésus, de m'asseoir sur la montagne à ses pieds et d'avoir part à sa doctrine ! Dans la foule, il se tient debout et il marche ; il agit, il se fatigue, il est serré, de sorte que ni lui, ni ses disciples n'ont le loisir de manger le pain de la vie et de l'intelligence, de boire l'eau de la sagesse qu'on boit dans le calme et que puisent ceux qui ont moins d'occupations, car le puits est profond.
Il ouvrit la bouche, la bouche dont l'Epouse implore un baiser ; la bouche pleine de richesses, où étaient cachés tous les trésors de la sagesse et de la science ; la bouche par laquelle le jour annonce au jour la parole. Beaucoup ont recherché la sagesse, beaucoup ont recherché le bonheur, mais parce qu'ils n'ont pas entendu cette bouche sainte, ni vu le jour, ils se sont heurtés aux ténèbres épaisses de l'erreur et la nuit a révélé à la nuit une pseudo-science.
Ouvrant donc la bouche pour s'adresser au coeur de Jérusalem, lui parlant dans la solitude ou sur la montagne, il dit : "Bienheureux les pauvres en esprit." La béatitude elle-même parle de béatitude ; celui qui s'est fait pauvre, de la pauvreté ; le roi, du royaume ; le doux, de la mansuétude ; le consolateur, de la consolation ; le pain véritable, de satiété ; la miséricorde elle-même, de miséricorde ; la pureté des coeurs, de pureté du coeur; le vrai pacifique et le Fils par nature, de pacification et de filiation.
La Parole véritable du Père dit ce qu'elle est, la Sagesse divine enseigne ce qu'elle est, disant : "Bienheureux les pauvres en esprit." C'est très sagement qu'elle place en premier lieu, qu'elle propose d'abord à tous ce que tout un chacun recherche, ce que tout un chacun souhaite, ce que tout un chacun désire, ce dont cependant presque tous s'écartent. Qui ne voudrait être heureux ? Pourquoi, dans l'humanité, les querelles, les luttes, les intrigues, les flatteries, les piques et les vexations, sinon pour arracher, d'une manière ou d'une autre et comme on peut, ce qui semble bon pour soi, ce qui paraît devoir en quelque façon conduire au bonheur ?
Chacun en effet se croit d'autant plus heureux qu'il réalise ce qu'il préfère. Aussi tous les hommes aspirent au bonheur, mais ils s'en font des idées différentes. L'un prétend qu'il est dans le plaisir des sens et le charme d'un moment ; l'autre, dans la force de l'esprit, un autre encore dans la connaissance de la vérité. Aussi le docteur de tous les hommes, que la seule charité rend débiteur des sages et des insensés, redresse d'abord ceux qui s'égarent, dirige ensuite ceux qui sont sur le chemin, accueille enfin ceux qui frappent à la porte, selon qu'il est dit : "Frappez et l'on vous ouvrira."
Isaac de l'Etoile - Sermon I pour la fête de tous les saints

Il y a deux sortes de miséricorde : donner et pardonner ; aussi est-il dit : « Donnez et l’on vous donnera ; pardonnez et l’on vous pardonnera » ; et cela suivant une proportion, d’où la parole : « Pardonnez-nous comme nous-mêmes pardonnons » ; et encore: « Selon la mesure dont vous aurez mesuré, on vous mesurera en retour. »
De plus, chaque espèce de miséricorde se subdivise en trois. Car en l’une et l’autre miséricorde il y a la grande, la plus grande, la très grande ; la commençante, l’adulte, la vigoureuse. Mesure pour mesure. Qui n’aura à aucun degré la miséricorde n’aura droit à aucune indulgence. La miséricorde au premier degré donne de ses biens, selon la monition du Sauveur : « Faites l’aumône et pour vous tout sera pur ». La miséricorde au second degré donne tout ce qu’elle possède ; elle peut dire : « Voici que nous avons tout abandonné ; que recevrons-nous ? » La miséricorde au troisième degré se donne elle-même et peut dire : « Non seulement je dépenserai, mais je me dépenserai moi-même pour vos âmes ». On ne peut avoir de charité plus grande.
Sermon 3 n°15-16
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Par dessus tout, une lecture assidue des écrits de nos Pères cisterciens restera toujours une source privilégiée où apprendre comment devenir un(e) Cistercien(ne) et comment aider un(e) autre à faire la découverte et à se nourrir de la grâce cistercienne présente en son coeur (Ratio 73).
ADAM DE PERSEIGNE " Ton pain, c'est le Christ " (Lettre VII) - Aux sources du Sauveur (Lettre III) (lire)
AELRED DE RIEVAULX " Préparons une demeure spirituelle " (Serm. Assompt) - J’espère en ta bonté, ô très Miséricordieux (Pr. past.) (lire)
AGNES DE SAINT PAUL " La puissance de la lumière " (Lettre du 28 septembre 1634) (lire)
ALAIN DE LILLE " Nous le chercherons avec toi " (Commentaire sur le Cantique) (lire)
AMEDEE DE LAUSANNE " Il est là, celui en qui nous espérons " (Homélie III) (lire)
BAUDOUIN DE FORD " Dieu nous a confié nos frères " (Traité 15) - "Dieu désire la miséricorde (Sermon 7) (lire)
BEATRICE DE NAZARETH " Tel un poisson qui nage " - Les sept degrés de l'amour de Dieu, VI (lire)
BERNARD DE CLAIRVAUX " Bois, toi aussi, l'eau de ta propre fontaine " (De la considération I,6) - "Le Dieu de toute consolation" (S.C.36) (lire)
ETIENNE HARDING " Ils se mirent à construire un monastère " (Petit Exorde, Prologue, I et III) (lire)
GALAND DE REIGNY " Ceux qui mettent en pratique ce qu'ils lisent " (Prov. 75) - " Miséricorde et vérité sont venues " (Parab. 2) (lire)
GEOFFROY D'AUXERRE " Joie, vraiment " (Entretien de Simon-Pierre avec Jésus, ch. 58) (lire)
GERTRUDE D'HELFTA " La joie de ta présence salutaire " (Le Héraut, Livre II, ch.III, 3) - " Mon oreille est bouchée " (Ex. 7) (lire)
GILBERT DE HOYLAND " Il m'a trouvée " (SC 8) - " L'onguent de la miséricorde " (SC 32) - " La voix de Jésus " (SC 43) (lire)
GUERRIC D'IGNY " Recueillez l'Esprit dans les mots " (Sermon sur la psalmodie § 2) - " Rassasiés de la chair de la Parole" (S.4 Nat.) (lire)
GUILLAUME DE SAINT THIERRY " Les vrais vivants " (Oraison méditée II, 3-4) - " Achève de nous former" (Méditation 1) (lire)
HELINAND DE FROIDMONT " La bonté du temps " (2ème sermon pour la Purification) (lire)
ISAAC DE L'ETOILE " S'asseoir avec Jésus " (Sermon I pour la fête de tous les saints) - " Donner et pardonner " (Serm. III) (lire)
JEAN DE FORD " Ecoute, Eglise de Dieu " (Sermon XIII, 6 sur le Cantique) - " Il nous porte dans ses entrailles " (S.C.III) (lire)
LOUISE DE BALLON " Voir en Dieu tout notre bien " (Oeuvres de piété ch.4) (lire)
OGIER DE LOCEDIO " Tiens encore ma main " (Louanges de la Mère de Dieu) (lire)
ARTICLES
Nos Pères cisterciens, source de vie spirituelle au quotidien (lire)
Gilbert de Hoyland - "Au long des nuits" (lire)
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OGIER DE LOCEDIO (vers 1140 - 1214)
Originaire de la petite ville de Trino, non loin de Verceil, en Italie, Ogier fut moine de Locedio, abbaye cistercienne voisine. Il en devint l'abbé en 1205. Nous avons de lui deux ouvrages : un traité sur les louanges de la Mère de Dieu et une série de quinze sermons sur la Cène du Seigneur. S'exprimantdans un langage clair et simple, Ogier excelle dans le style méditatif.
Tu m'as recherché, tu es venue vers moi et tu m'as trouvé, ô Marie. Mais dans quel état m'as tu trouvé et en quel lieu ! Tu le sais et moi aussi je le sais et dès lors, tu en es témoin, j'éprouve à mon sujet une extrême confusion. Alors, je te le demande, par celui que tu as mis au monde, ne me quitte pas, ne m'abandonne pas : car même si j'ai commis des erreurs, je n'ai pas cependant renié ton fils, et bien que je ne me sois pas attaché à toi comme je le devais, maintenant je m'attache à toi et j'aspire après toi de tout mon être.
Je te bénis, je te loue, je t'honore, je te rends grâces : par ton fils, tu m'as recherché quand je faisais fausse route, tu m'as trouvé alors que je me cachais dans des buissons d'épines, tu as relevé l'épuisé, tu as soigné le malade, tu as fais revenir l'égaré, tu as redonné courage au désespéré, et par toi, j'ai été réconcilié à mon Dieu, à mon Christ, à ton Fils.
Tiens encore ma main, et conduis moi où tu veux ; ne permets pas que je m'écarte du chemin qu'est ton Fils, mais tiens moi et dirige moi, afin que je puisse, d'un bon pas, d'un pas heureux, parvenir à la vision de ton Fils dans le bonheur de ses élus. A lui honneur et gloire, mais aussi à toi, dans les siècles des siècles !
Louanges de la Mère de Dieu
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BERNARD DE CLAIRVAUX (1090 - 1153)
Né au château de Fontaine près de Dijon, entré en 1112 à Cîteaux avec une trentaine de compagnons, abbé de Clairvaux à vingt cinq ans, il fut la conscience de son siècle. Malgré une prodigieuse activité en faveur de l'Eglise et des Etats de la chrétienté, il écrivit commentaires d'Ecriture, traités de spiritualité, sermons et lettres en grand nombre. Ses 86 sermons sur le Cantique des cantiques fournissent l'expression la plus profonde et la plus complète de sa théologie mystique.
Si tu veux te donner à tout le monde, à l'instar de Celui qui s'est fait tout à tous, je te félicite de ton dévouement, à condition qu'il soit total. Or, comment le serait-il, si tu t'en exceptes toi-même ? Car enfin, toi aussi, tu es un homme. Donc, pour que ton amour des hommes soit plein et entier, il faut que le sein qui accueille tous les autres te reçoive toi-même. Autrement, selon la parole du Seigneur, à quoi te servirait de gagner le monde entier, si tu viens à te perdre toi-même ?
Ainsi donc, puisque tout le monde dispose librement de toi, sois, toi aussi, du nombre de ceux qui en profitent. Pourquoi cette faculté serait-elle refusée à toi seul ? Vas-tu longtemps encore, oubliant que tu n'es qu'un souffle qui passe et ne revient pas, recevoir les autres sans jamais te recevoir toi-même, au moins à ton tour ? Tu te dois aux sages et aux insensés : vas-tu te refuser uniquement à toi-même ? L'insensé et le sage, l'esclave et l'homme libre, le riche et le pauvre, l'homme et la femme, le vieillard et le jeune, le clerc et le laïc, le juste et l'impie, tous indistinctement usent de toi, tous viennent se désaltérer à ton sein comme à une fontaine publique, et toi seul tu resterais à l'écart mourant de soif ! Si celui qui diminue son héritage encourt la malédiction, qu'en sera-ce de celui qui le perd totalement ?
Sans doute, tes eaux doivent se répandre sur les places publiques ; sans doute les hommes, les bêtes de somme et les troupeaux doivent pouvoir venir y boire ; bien plus, tu dois abreuver même les chameaux du serviteur d'Abraham ; mais, bois, toi aussi, comme tous les autres, l'eau de ta propre fontaine. Que l'étranger, dit l'Ecriture, ne boive pas de ces eaux-là." Mais toi, es-tu un étranger ? Si tu l'es pour toi-même, pour qui ne le seras-tu pas ? Puisqu'il est écrit : Pour qui sera-t-il bon, celui qui ne l'est pas pour soi ? Rappelle-toi donc, je ne dis pas toujours, je ne dis pas souvent, mais de temps en temps, que tu te dois aussi à toi-même. Profite, toi aussi, de toi-même, avec tant d'autres, ou, du moins, après tant d'autres. Pourrait-on moins te demander ?
Bernard de Clairvaux - Du livre I, 6 de la considération

D'où viendrait à l’âme l’audace de lever les yeux, d’où le courage de dresser la tête ? Ne va-t-elle pas bien plutôt « se convertir dans son malheur, tandis que l’aiguillon la point ? » … Elle se convertira au Seigneur et s’écriera avec humilité : « Guéris mon âme, car j’ai péché contre toi ». Désormais convertie au Seigneur, elle recevra la consolation, car il est le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation.
Pour moi, tant que je regarde en moi-même, mon œil demeure dans l’amertume. Mais que je regarde en haut et que je lève les yeux vers le secours de la divine miséricorde, aussitôt la joyeuse vision de Dieu adoucira l’amère vision de moi-même … Ce n’est pas une médiocre vision de Dieu que d’expérimenter combien il est bon et se laisse fléchir, car il est vraiment bienveillant et miséricordieux, et il pardonne volontiers. Sa nature est la bonté, et ce qui lui est propre, c’est de toujours faire miséricorde et d’épargner.
C’est donc par cette expérience et selon cet ordre que Dieu se fait connaître pour notre salut, lorsque l’homme commence par se connaître dans son dénuement, et crie vers le Seigneur qui l’exaucera et lui dira : « Je te délivrerai et tu m’honoreras ».
Sermon 36 sur le Cantique § 5-6

