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LE REGROUPEMENT |
La nouvelle communauté de N.D. du Val d’Igny
En 2005, des abbés et abbesses du Nord-Est de la France se réunissent de façon informelle pour des échanges pastoraux. Assez vite émerge la question de l’avenir pour les communautés de moniales de cette région, qui partagent une diminution significative de leurs effectifs et de leurs forces suite au vieillissement de leurs membres et au manque de vocations. La réflexion s’intensifie au cours de l’année 2006, en lien désormais avec l’Abbé Général et son conseil, pour discerner dans quelle voie s’engager pour que la vie cistercienne continue de fleurir.
Au terme d’une série de réunions et de plusieurs consultations, trois des communautés se déterminent, à la Pentecôte 2007, en faveur de leur union : il s’agit de Belval dans le Pas de Calais, de La Grâce-Dieu dans le Doubs et d’Igny dans la Marne.
Belval
La Grâce-Dieu
Approuvée par le chapitre général, la nouvelle communauté de N.D. du Val d’Igny est reconnue par Rome le 8 décembre 2008. Mère Inès Gravier, ancienne abbesse de El Encuentro au Mexique et alors supérieure ad nutum de ND de Belval, est nommée administratrice apostolique.
A Igny, lieu du regroupement, des travaux sont entrepris en 2009 pour accueillir 65 moniales. Pendant les travaux, qui vont durer plus de trois ans, la plupart des soeurs quittent le monastère et vont vivre à l'abbaye de Belval, à celle de la Grâce-Dieu, celle de La Coudre-Laval ou celle de Blauvac. Les soeurs trop âgées ou dépendantes sont accueillies dans les maisons de retraite religieuses du département. Un petit groupe composé de soeurs des trois monastères reste à Igny sous la responsabilité de Mère Inès pour y assurer la prière, garder les lieux et continuer la fabrication du chocolat.
Le chantier a notamment concerné les bâtiments de l'accueil, avec la mise aux normes de l'installation sanitaire et l'aménagement d'une grande bibliothèque, mais aussi et surtout les lieux d'habitation des moniales. Une Petite Unité de Vie de 24 chambres, dont 6 dans l'extension construite sur la droite de l'abbaye, est aménagée pour permettre aux sœurs anciennes de demeurer dans un cadre monastique tout en bénéficiant des soins médicaux nécessaires. Cette PUV comprend également une salle de lecture.
Igny - travaux
L'église a, elle aussi, subi quelques aménagements avec l'installation d'un chauffage au sol, l'amélioration de l'acoustique, la réorganisation de l'espace liturgique, ainsi qu'un accès pour les personnes handicapées. La bénédiction du nouvel autel, le 15 avril 2012, signe l'aboutissement de tous ces efforts d'adaptation et permet aux chrétiens du voisinage de découvrir le visage de la nouvelle communauté revenue sur place à partir d'octobre 2011.
En 2010 la communauté cistercienne d’Ubexy dans les Vosges demande à se joindre aux sœurs du Val d’Igny. Ce projet, ratifié par le chapitre général de septembre 2011, puis par Rome dès le mois suivant, se concrétise en août 2012 par l'arrivée des soeurs.
Ubexy
A noter que les communautés de Belval, Igny et Ubexy sont toutes trois filles de La Coudre-Laval en Mayenne (elles ont été fondées respectivement en 1893, 1929 et 1841). Les sœurs de la Grâce-Dieu sont les héritières de la communauté de Port-Royal de Paris, laquelle, après une renaissance à Besançon en 1840, s’installe en 1927 à la Grâce-Dieu, ancien monastère cistercien fondé, comme Igny, par des moines au 12ème siècle. A noter encore le rayonnement de nos communautés d'origine : Ubexy a fondé au Japon en 1898 et au Mexique en 1971 ; Igny a fondé au Zaïre (auj. RDC) en 1955.
Le point d'orgue de ce regroupement a lieu le 13 mai 2014 avec l'élection de Mère Isabelle Valez comme première abbesse de la nouvelle communauté de Notre-Dame du Val d'Igny. Sa bénédiction abbatiale, le samedi 5 juillet 2014, par Mgr Jordan, archevêque de Reims, en présence de Dom Jean-Marc Thévent, abbé d'Acey et Père Immédiat, rassemble de nombreux frères et soeurs moines et moniales, des prêtres et des religieuses du diocèse, des amis de partout.

Pour les sœurs maintenant réunies au Val d’Igny, le vivre ensemble se construit au fil des jours dans la liturgie et le travail partagés. Les plus jeunes et les soeurs âgées encore valides collaborent à la bonne marche de la maison, selon leurs talents et leurs forces, unies dans une même quête du visage de Dieu qui les a rassemblées en ce lieu.
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LES ORIGINES |
La vie monastique, sous sa forme chrétienne, est presque aussi ancienne que le christianisme lui-même. Dès la fin du troisième siècle, quelques ascètes se retirent dans les déserts d’Egypte, et bientôt leur genre de vie se propage dans tout l’Orient. Certains se groupent dans les monastères: c’est le début de la vie cénobitique, c’est-à-dire communautaire.
Au VIème siècle, en Italie, Benoît de Nursie, reprend cette tradition et l’organise. Il compose pour son monastère du Mont Cassin, au sud de Rome, la Règle qui va s’imposer peu à peu à tout l’Occident et que les fondateurs de Cîteaux, Robert, Albéric, Etienne et leurs compagnons, auront à cœur de pratiquer.
C’est en 1098 qu’ils établissent en Bourgogne le Nouveau Monastère qui est à l’origine de l’Ordre (Document "Cîteaux 1098" : lire). Leur propos est de retrouver l’équilibre voulu et vécu par saint Benoît dans une relation simple avec le Dieu simple. La « Charte de Charité » devient le lien visible unissant les fondations de Cîteaux.
Dès 1125, des femmes poursuivent ensemble cette recherche de Dieu, selon la même tradition, au monastère de Tart (Côte d’Or). Neuf siècles plus tard, ce double projet est toujours d’actualité.
L’abbaye Notre Dame du Val d'Igny où nous vivons fait partie de la grande famille cistercienne répandue aujourd’hui dans les cinq continents. Plus précisément, elle appartient à l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance, dont les membres sont connus sous le nom de "Trappistes". Elle a une longue histoire puisque trois communautés s'y sont succédées avant le regroupement actuel.
Règle de Saint Benoît http://regle-de-saint-benoit.blogspot.fr/
Commentaire de la Règle de St Benoît (cliquer ici)
FONDATION D'IGNY
PAR DES MOINES DE CLAIRVAUX EN 1128 - PAR DES MOINES DU DESERT EN 1876 - PAR DES MONIALES DE LAVAL EN 1929
La Charte de fondation de l'abbaye d'Igny est datée de 1126. Saint Bernard étant venu à Reims régler un grave différend entre l'archevêque Renaud de Martigny et le peuple champenois, l'archevêque voulut le remercier en lui donnant un lieu pour fonder un monastère et l'emmena sur ses terres. Le vallon d'Igny fut retenu (iniacum, forme allongée de iacum, est une latinisation du gaulois iacon, terme qui désigne un emplacement, une propriété). Les moines de l'Abbaye de Clairvaux, dont c'était la quatrième fondation, arrivèrent en 1128. Ils s'installèrent légèrement plus haut et plus au sud que l'endroit actuel, là où se trouve maintenant une grange dite Ferme de la Grange, à quelques centaines de mètres seulement. Assez rapidement ils se sont transférés à l'endroit actuel.
Comme premier abbé, Bernard avait envoyé un homme de valeur, Humbert, son propre prieur. Le 28 avril 1130 eut lieu la dédicace de la première église. Mais Humbert qui languissait de Clairvaux et n'obtenait pas la permission d'y retourner, profita d'une absence de saint Bernard pour revenir, ce qui lui valut une lettre de reproche du saint Abbé. Il courba le dos et resta à Clairvaux !
Bernard envoya alors Guerric qui devint abbé en 1138, âgé d'environ 60 ans. D'abord chanoine et écolâtre de Tournai, Guerric était entré à Clairvaux vers 1120. Il nous a laissé un recueil de 54 sermons liturgiques. Ses reliques sont aujourd'hui conservées dans l'église du monastère et il est vénéré comme bienheureux.
Sous son abbatiat le monastère eut un grand rayonnement. La communauté se développa rapidement. Déjà en 1135 elle avait fondé, dans la partie ardennaise du diocèse de Reims, l’abbaye de Signy, là où Guillaume de Saint-Thierry vivra la fin de sa vie. Plus tard, en 1148, fut fondée, également dans les Ardennes, La Valroye. Beaucoup de dons en terrains ou en argent permirent l'extension du domaine : jusqu'à 5000 ha avec plus de 20 granges dont il subsiste de beaux vestiges en plusieurs endroits, la mieux conservée étant Montaon à quelques kilomètres d'Igny. La communauté compta jusqu'à 300 moines.
Au 14ème siècle, un nouveau monastère très vaste fut construit, celui que connut Dom Martène qui nous apprend que l'église était comme celle d'Arcis, mais plus grande. L'Eglise d'Arcis le Ponsart, commune dont Igny fait partie, est toujours debout. Il y a dans les villages voisins plusieurs églises de facture cistercienne (à chevet plat).
Puis vint la décadence, le régime de la Commende, les guerres dévastatrices ... Le nombre des frères diminua considérablement. C'est pourtant à cette époque que les moines entreprirent de raser le monastère pour en construire un dans le style du 18ème siècle, une sorte de grande maison avec une toute petite église en rotonde. Cette construction fut terminée en 1789 ! Il restait six moines que la révolution dispersa. En 1792, le monastère fut vendu comme bien national et acheté par une famille de Reims qui vint y habiter, le préservant ainsi de devenir carrière de pierres.

Ancienne Abbaye d'Igny : https://inventaire.grandest.fr/gertrude-diffusion/dossier/IA51001054
Drone d'Histoire - l'Abbaye d'Igny : https://www.youtube.com/watch?v=coish_gSwJY
En 1875, les propriétaires le mirent en vente. L'archevêque de Reims, le cardinal Langénieux, pressa l'abbé du Désert de racheter. C'est ainsi q'Igny reprit vie avec une trentaine de moines, convers et petits oblats. Les débuts furent extrêmement rudes, début 1876, par un hiver rigoureux dans une maison quelque peu délabrée. Quelques années plus tard eut lieu la consécration de l'église qui n'avait pu avoir lieu en 1789.
Puis il y eut la fondation d'un orphelinat agricole qui ne fut maintenu que quelques années, remplacé ensuite par une chocolaterie bien aménagée qui employa jusqu'à une soixantaine d'ouvriers dont pas mal d'adolescents. Le monastère redevint abbaye et le Père Augustin Marre fut élu abbé. Plus tard, il devint évêque auxiliaire du cardinal Langénieux, puis Abbé Général de l'Ordre. C'est lui qui ordonna prêtre le Père Cassant.
Survint la Grande Guerre : Igny se trouve entre la Marne et le Chemin des Dames ! Un hôpital de campagne qu’on appelait une ambulance y fut installé pour les malades contagieux. En 1918, lors du recul des armées allemandes, le monastère sauta (le 6 août). Ne subsistait qu'une petite extrémité (la bibliothèque !).

Du beau monastère du 14ème siècle, il reste nombre de belles pierres (chapiteaux, fûts de colonnes et bases ...), les fondations sur lesquelles porte toujours l'abbaye actuelle, le système d'égouts magnifiques, le mur de clôture en pierre des champs, l'étang. De celui du 18ème siècle, il reste le portail d'entrée avec deux petits pavillons dont l'un servait d'accueil pour les dames et, près de la grange de Montaon, la résidence de l'abbé commendataire, d'autres vestiges de granges aux alentours. A proximité du monastère se trouve aussi une grosse maison forestière. Dans les années 1960-65 furent mis au jour les vestiges d'une petite chapelle (absidiole de la grande église ? restes d'une petite église antérieure à la venue des moines ?) et l'entrée d'un cellier (?).
Monseigneur Marre, réfugié à Laval durant la guerre, comprit vite que sa communauté ne pourrait reprendre. Il fut accueilli avec ses frères à Cîteaux, dans une aile de l'hôtellerie qui s'appelle toujours Igny. Mais les dommages de guerre devaient être utilisés rapidement. Sachant que la communauté cistercienne de Laval cherchait à fonder, il offrit Igny. La reconstruction fut rapide (1928-29) sur le modèle d'un ancien monastère cistercien, le Loc-Dieu en Aveyron, qui existe encore, et en habillant la construction de béton d'un revêtement de pierres venant des précédents monastères ; certaines sont très belles (palmettes). L'extension récente a été revêtue des mêmes pierres anciennes.

Monseigneur Marre s'éteignit le 6 septembre 1927, ayant donné sa démission d'Abbé Général en 1926. Il avait confié la reconstruction à Père Hippolyte Verrier, moine de Port-du-Salut qui fut le premier aumônier. Les 30 fondatrices quittèrent le monastère de Laval, dans la Mayenne, le soir du 28 novembre 1929 et, après un voyage de nuit, la fondation d'Igny eut lieu le 29 novembre 1929. Quelques jours après, la première postulante frappait à la porte de ce nouveau monastère où les vocations affluèrent, permettant vingt-cinq ans plus tard la fondation de la Clarté-Dieu au Zaïre (auj. RDC).
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ARCHITECTURE |
Une dizaine d'années après la destruction du monastère lors de la retraite allemande de 1918, l'abbaye d'Igny se relève des ses ruines grâce aux dommages de guerre. Les travaux durent de 1927 à 1929. Pour cette reconstruction on se conforme exactement au plan-type des abbayes cisterciennes : bâtiments disposés en quadrilatère encadrant un préau intérieur.

L'architecte s'inspire de l'antique monastère de Loc-Dieu, situé à Martiel, près de Vllefranche en Rouergue. Fondé en 1123 ou 24, Loc-Dieu, le Lieu-de-Dieu, se rattache officiellement à l'ordre de Cîteaux en 1162. La guerre de Cent Ans transformera le monastère en château fort, d'où son aspect d'abbaye fortifiée. Les deux vues ci-dessous, d'Igny (à gauche) et du Loc-Dieu (à droite) permettent de constater une ressemblance certaine.

Mais il est une autre ressemblance, notablement plus ancienne. Lorsqu'on entre dans l'église du monastère du Val d'Igny, le regard est attiré par les nombreuses colonnes et leurs chapiteaux, tous différents et ornés des feuilles d'eau typiques de l'architecture de transition roman-gothique des abbayes cisterciennes du XIIème siècle. Leur sobriété tranche avec la richesse des chapiteaux historiés contre lesquels Bernard de Clairvaux fulmine dans son Apologie à Guillaume de Saint-Thierry.
Pareil dépouillement n'est pas qu'austérité, il est aussi mémoire au-delà de la mémoire, puisqu'il nous fait remonter aux débuts de le civilisation et même à la préhistoire. A ce sujet, on se reportera avec profit au volume 1 de l'Histoire de l'humanité publié par l'UNEXCO en 1963 (Laffont 1967). Au chapitre 4 de la deuxième partie, Sir Léonard Wooley parle entre autres des colonnes mésopotamiennes et égyptiennes du troisième millénaire avant J.C. : "Les unes imitent le tronc du palmier, les autres une fascine de roseaux de papyrus liés au sommet et la base". Liens à la base et au sommet qui ont traversé les siècles, comme on le constate ci-dessous !

"La colonne en forme de palmier, décrit Sir Wooley, a un chapiteau imitant soit les frondaisons de l'arbre, soit un calice de fleur rappelant assez une cloche renversée". Ces "colonnes qui ornaient les temples et les palais ... sont la transposition d'originaux érigés dans d'autres matériaux" ... Elles gardent "le souvenir des troncs de palmier et fascines de papyrus des temps préhistoriques" (cf. page 443). Ainsi, "dans le delta de l'Euphrate où la nature ne fournit rien d'autre que de la boue, des roseaux et des palmiers", l'habitation primitive fut "la hutte de roseaux". Et comment ne pas penser ici aux cistels / roseaux qui ont donné leur nom à Cîteaux.
Ce "type de construction, reprenté sur un relief en pierre du quatrième millénaire avant J.C." est des plus simple. "D'abord, explique Sir Wooley, vous plantez droit dans le sol deux fascines, ou fagots, de longs roseaux ... Puis vous attachez des barres transversale constituées de fascines plus légères, de manière à former une charpente à laquelle vous fixez des nattes en roseaux pour compléter le mur. Le mur fait avec les nattes sera obligatoirement rectiligne. Il peut, naturellement, être prolongé indéfiniment grâce à l'addition de nouveaux montants verticaux, mais ceux-ci doivent s'aligner sur les deux premiers. Pour enclore un espace ... le dernier montant doit servir de poteau cornier afin de former l'angle, et il en résulte que le plan sera rectangulaire." "Les fascines verticales sont plus minces au sommet et par conséquent flexibles ; vous pouvez les courber vers l'intérieur et les lier deux à deux ; vous avez ainsi la charpente d'une sorte de tunnel qui peut être recouvert de nattes formant voûte ou coupole" (cf. p. 437).

"Au second stade, les murs de natte n'offrent pas une protection totale contre le vent et la solution la plus évident consiste à les enduire avec la boue que l'on trouve partout ; comme il faut, de temps en temps, en étaler une nouvelle couche, l'épaisseur du revêtement devient, à la longue, considérable" ... On se dit alors "qu'après tout, les roseaux ne sont peut-être pas indispensables, et que les maisons pourraient être construites uniquement avec de la boue" ... Un jour, "un constructeur ingénieux conçut l'idée d'utiliser de petits blocs d'argile liés ensembles par un mortier de boue" (cf. p. 438).
Mais revenons en arrière. "En construisant leurs murs, les bâtisseurs primitifs des huttes de roseaux avaient attaché leurs nattes à l'intérieur de la charpente ... Quand, ensuite, ils étalèrent la boue en guise de plâtre, les fascines verticales produisirent l'effet de demi-colonnes divisant le mur en panneaux. L'effet décoratif était certain, surtout dans le cas des grandes constructions, car les piliers étaient plus nombreux et plus lourds et, par conséquent, accusaient un relief plus accentué ; ils se trouvaient sans doute tout près les unes des autres afin d'assurer une certaine solidité aux édifices" (cf. p. 439).

Les temples des débuts du troisième millénaire avant J.C. "ont dû être construits ainsi, et, comme les traditions religieuses sont tenaces, les constructeurs qui employèrent la brique copièrent fidèlement les modèles fournis pas les anciens. On pouvait conserver les demi-colonnes arrondies, ... oubien, les briques étant rectangulaires, il était plus facile d'en faire des contreforts carrés ; mais, pour un édifice religieux, le mur à panneaux était essentiel, et ce principe resta valable jusqu'aux derniers jours de Babylone.
En fait, il fut appliqué uniquement aux temples, à l'origine parce qu'il n'y avait aucun intérêt à imiter les montants espacés et frêles des maisons particulières, et plut tard parce que ce type de construction était si étroitement associé aux templs qu'en l'employant à des usages profanes on aurait commis un véritable sacrilège - l'homme s'arroge le droit de concevoir à sa mnière la maison du dieu, mais la maison du dieu doit rester éternellement identique à ce qu'elle était à l'origine" (cf. p. 440).

Au-delà de leur dimension décorative, les feuilles d'eau des chapiteaux témoignent d'un lien vivace avec nos plus lointains ancêtres. Et ces colonnes dressées de siècle en siècle, comme les piliers d'un pont qui va d'eux jusqu'à nous, continuent d'inviter notre commune humanité à élever ses yeux et son coeur vers le Créateur et Sauveur de tous. "D'âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge" (Psaume 89, 1).
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LES BLASONS |
La partie supérieure de certaines portes des cloîtres est ornée de blasons. Ils gardent mémoire de la longue histoire du monastère.
Au-dessus de la porte ouvrant sur le chapitre (pièce où la communauté se réunit chaque matin pour écouter un chapitre de la Règle de Saint Benoît et son commentaire par l'abbesse), le blason de Clairvaux rappelle que l'abbaye d'Igny a été fondée par saint Bernard.

Si la charte de fondation est datée de 1126, c'est seulement en 1128 que les premiers moines, venant de l'abbaye de Clairvaux et désignés par leur abbé Bernard, arrivèrent sur les lieux. A leur tête était Humbert qui fut bientôt nommé abbé de la nouvelle fondation. On s'empressa de construire une modeste église qui fut dédicacée solennellement le 28 avril 1130. En 1138 Guerric succéda à Humbert rentré à Clairvaux.
La porte ouvrant sur le local où se tient la soeur portière est ornée des armoiries de Renaud II de Martigny, qui fut archevêque de Reims de 1124 à 1138. Ce blason est "de gueules à trois genouillères d'armes anciennes d'argent".

Le seigneur Renaud, reconnaissant envers saint Bernard qui avait rétabli la paix dans son diocèse, fit donation à ce dernier des biens immobiliers qui'il possédait au lieu-dit Igny, sur la commune d'Arcis-le-Ponsart, en vue d'y fonder un monastère. Le site, pouvu de sources abondantes, de bois et de terres cultivables, sembla propice à ce dessein et Bernard accepta.
Au-dessus d'une porte latérale donnant sur le fond de l'église, on voit les armoiries de Mgr Benoît-Marie Langénieux. Elles sont "d'azur à la croix d'argent potencée, cantonnée de quatre croisettes de même".

En 1875, cet archevêque de Reims fit appel à l'abbé de Sainte Marie du Désert, au diocèse de Toulouse, pour reprendre possession du monastère d'Igny que la période révolutionnaire avait vidé de ses moines. Le 1er janvier 1876, vingt trois religieux arrivaient. Les débuts furent très pauvres, très difficiles. Le nouveau prieur, Père Nivard, accablé par de nombreuses épreuves, se vit bientôt contraint de démissionner. Pour le remplacer, le choix des moines d'Igny se porta sur le Père Augustin Marre. C'était le 28 février 1881. L'érection du prieuré d'Igny en abbaye eut lieu en 1886 et la communauté élut Père Augustin comme son premier abbé. Très apprécié par l'archevêque de Reims, Dom Augustin est promu le 19 août 1900 par le Saint-Siège, évêque coadjuteur du cardinal Langénieux. En 1904, autre promotion : il est élu Abbé général de l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance. Il obtint cependant, à la fois du Chapitre général de l'Ordre et du Pape Pie X, le privilège de demeurer Abbé d'Igny en même temps qu'Abbé général.
Les armoiries qui ornent la porte d'entrée de l'église, côté hôtellerie cette fois, résument cette destinée exceptionnelle. Le galero qui surmonte l'ensemble lui a valu le nom de porte cardinalice.

Le blason, d'azur semé de fleurs de lys d'or, est celui de Reims, mais celui de Cîteaux a été apposé par dessus, à gauche. Si bien que la mitre et la crosse sont aussi bien celles de l'évêque coadjuteur que celle de l'abbé. En dessous on peut lire sa devise, tirée du chapitre 64 de ka Règle de Saint Benoît : PRODESSE MAGIS QUAM PRAESSE - "aider bien plus que régir". Tout un programme !
La guerre 1914-1918 sonne la fin de cette deuxième communauté de moines à Igny. La dispersion commence avec la mobilisation. Monseigneur Marre, en tant qu'Abbé général, réside au monastère de Laval en Mayenne, car l'abbaye de Cîteaux est occupée par deux hôpitaux. Le monastère d'Igny se trouve en plein front et le 6 août 1918, il est complètement détruit lors de la retraite allemande. Un aumônier militaire campant à proximité de l'abbaye a pu retrouver quelques objets de valeur et surtout la châsse contenant les reliques du bienheureux Guerric et il en avertit le cardinal Louis-Joseph Luçon. Le blason de cet archevêque de Reims se trouve au-dessus d'une porte latérale de l'église donnant sur le choeur des moniales. Il est "d'azur à un agneau pascal accompagné d'un M en onciale d'or dans le carton dextre".

Revenu à l'abbaye de Cîteaux après l'armistice avec quelques uns de ses moines, Mgr Marre se rend compte que sa communauté décimée, vieillie, ne pourra jamais se reconstituer à Igny. Une circonstance providentielle va cependant lui permettre de faire revivre ce lieu chargé d'histoire monastique. En 1928, on propose à ceux qui ont subi des dégâts matériels du fait de la guerre de bénéficier des "dommages de guerre", mais il faut une réponse immédiate et l'assurance de bâtir aussitôt. Un nouveau monastère est construit et Mgr Marre l'offre à la communauté de ND de l'Immaculée Conception de Laval. Trente religieuses arrivent le 29 novembre 1929.
Le blason de l'abbaye de ND de La Coudre à Laval, au-dessus de la porte du scriptorium, fait mémoire de cette origine. Le lis blanc sur fond "d'azur chargé d'un croissant d'argent" fait référence au patronage de l'Immaculée conception.

Les moniales de la nouvelle communauté ont tenu à reprendre l'ancien blasond'Igny. "D'azur semé de fleurs de lys d'or, à lettre I capitale, de sable, posée en coeur, brochant le tout", il surplombe la porte du grand réfectoire.

Au 19ème siècle, en effet, les religieux avaient cru bon de composer un nouveau blason où, sur le champ fleurdelisé, ils avaient placé "en coeur un écu d'or, au monde d'azur cintré d'argent et laissant échapper des flammes, surmonté d'une étoile à cinq branches de gueules", avec cette devise : VENI IGNEM MITTERE - "je suis venu apporter un feu" (Lc 12, 49). Le motif du tabernacle actuel renvoie à ce jeu de mots sur le nom du monastère.
En 2008, les communautés de Belval, de la Grâce-Dieu et d'Igny se regroupent au Val d'Igny. Le blason de Belval prend place au-dessus de la porte qui ouvre sur l'escalier est. Il est "d'azur à la rose d'or, tigée et feuillée du même, mouvant d'une terrasse de sinople et accostée à dextre d'une croix pattée d'argent, à sénestre d'une coquille du même".

L'abbaye de Belval fut fondée en 1893, au diocèse d'Arras, sur l'initiative du curé de Troivaux et l'entremise de Dom Sébastien Wyart, alors abbé de Spet-Fons, qui fit appel aux religieuses de La Coudre-Laval. La rose d'or du blason est une allusion à Marie, rosa mystica, à laquelle le monastère est dédié. La croix de saint Benoît évoque le souvenir de l'antique abbaye des bénédictines de Blangy, toute proche. La coquille rappelle saint Benoît Labre, originaire de l'Artois. Après avoir été novice cistercien à l'abbaye de Sept-Fons, il embrassa une vie de pélerin.
Le blason au-dessus de la porte qui ouvre sur l'escalier ouest évoque la communauté de la Grâce-Dieu en tant qu'héritière des religieuses de Port-Royal de Paris. Ces dernières pratiquaient l'adoration eucharistique perpétuelle, d'où les deux anges à genoux de part et d'autre du calice surmonté de l'hostie. La colombe qui descend sur l'ensemble représente l'Esprit Saint, et le fond d'azur, le ciel.

Une fois la tourmente révolutionnaire passée, les religieuses de Port-Royal restées fidèles à Rome s'étaient regroupées. En 1841 elles étaient venues s'installer à Besançon, où le cardinal Mathieu, leur ancien supérieur devenu archevêque, les avait invitées. En 1921 se fit le rattachement officiel de la communauté à l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance et en 1927 elles redonnaient vie à l'antique abbaye cistercienne de la Grâce-Dieu, fondée en 1139, et que les derniers moines avaient dû quitter en 1909.
En 2011, la communauté cistercienne d'Ubexy se joint aux soeurs du Val d'Igny. Son blason prend place au-dessus de la porte des coules, local où les soeurs déposent l'habit blanc à longues manches qu'elles revêtent pour les offices liturgiques au choeur. Comme Igny et Belval, Ubexy est une fondation de La Coudre-Laval. Mgr de Jerphanion, évêque de Saint-Dié, avait sollicité la Mère Abbesse pour une fondation dans son diocèse. En 1837, deux vosgiennes, soeurs de sang, entrent à Laval à la condition de revenir en Lorraine lors de la fondation, ce qui fut fait. Le 19 février 1841 les premières trappistines s'établissent dans l'ancien château féodal d'Ubexy, alors en vente. La dernière étape de leur voyage depuis la Mayenne se fit à Nancy où les soeurs de la Doctrine chrétienne leur firent don d'une statuette de Saint Joseph e bois. Dès ce moment le saint Patriarche fut choisi comme patron de la fondation. D'où les deux initiales qui ornent le blason sur fond d'or.



